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Juin 2002
  Pérou  
 
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       Pérou, Santa Cruz : Les larmes aux yeux
    Jeudi 13 juin 2002
    Santa Cruz est un des treks les plus connus sur la cordillère blanche. Et pour cause, le paysage est géant, sublime, émouvant ! Quatre jours de bonheur concentré, d’air pur et de bonnes montée. Le trek démarre à 3300 mètres au-dessus de deux lagunes, passe un col à 4760 mètres (le Mont-Blanc, les gars !) le deuxième jour, avant de redescendre dans la vallée… Plus de photos ?
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    Avec trois heures de marche seulement et très peu de montée, le premier jour est très facile; Heureusement Cyril nous a refait une crise de parasites pour pimenter la journée ! Nous sommes dans un parc national, et pourtant nous ne cessons de traverser des petits villages, où enfants et adultes nous réclament des bonbons : « Regálame caramelo ! dulces ? ». Ce sont les guides qui doivent encourager les gens à emmener ces cadeaux aux autochtones, car il ne nous est jamais venu à l’idée d’emporter des bonbons en rando ! Nous portons le strict minimum, mais en montagne c’est déjà beaucoup : tente, sacs de couchage, réchaud, vêtements chauds, et nourriture pour quatre jours. Arrivés au premier lieu de camp, il fait déjà froid, il n’est pourtant que 16h ! Une heure plus tard, il fait nuit, et c’est en grelottant que nous préparons notre dîner. Sales, la morve au nez, deux enfants du coin nous rejoignent. Comment font-ils pour se balader en simple sweat-shirt alors que nous mourrons de froid sous nos polaires et gore-tex ? Nous ne sommes pas faits pareil…

    Ce soir là, nous ne fermerons pas l’œil à cause de ce maudit froid qui transperce ces maudits duvets. Une nuit interminable, à se retourner, à grogner doucement dans sa barbe pour ne pas réveiller l’autre (qui en fait ne dormait pas non plus), et à attendre impatiemment le jour, synonyme de soleil ! Erreur ! Le soleil ne pointera pas son nez de si tôt, et nous devons petit-déjeuner et replier notre tente givrée (aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur) dans le froid glacial. Pourquoi n’ai-je pas acheté ces beaux gants en alpaga ? N’ayant pas supporté la nuit, nos voisins de camping (devinez d’où ils viennent ! Pour la réponse voir carnet précédent) préfèrent abandonner dès maintenant…

    Au programme de cette deuxième journée : 1200 mètres d’ascension, un col enneigé (du moins nous l’espérons), et une descente de 500 mètres, beau planning, non ? Une journée à remonter la vallée en arc de cercle qui se dévoile au fur et à mesure de notre ascension. Nous ne sommes pas peu fiers puisque nous avons acquis un bon rythme de marche, et ne nous essoufflons pas malgré l’altitude. D’ailleurs les randonneurs que nous prenions pour des pros ne nous rattrapent même pas (serions nous devenus des sportifs ;))! Nous trouvons une belle pierre plate pour savourer notre sandwich au fromage au soleil, quel bonheur la montagne ! Calme et colorée, elle nous berce et pour peu nous ferions un somme. Que nenni, nous avons un col à franchir, en route. La pente s’est sensiblement raidie, nous devons être tout près du sommet, notre rythme ralentit mais notre sourire n’en décroît pas pour autant. Nous nous sommes considérablement rapprochés de la neige, et la végétation change sous nos yeux, devenant plus rase et sèche. C’est la première fois qu’un paysage nous émeut ainsi, accélérant notre rythme cardiaque, provoquant nos plus beaux sourires et amenant quelques larmes aux coins de nos yeux. Ca y est, nous ne sommes plus très loin, je le sens ! Mais que vois-je au loin : une autre montagne ?!?

    Un col qu’est haut

    Vous l’aurez compris, nous étions encore bien loin du sommet, et la pente qui se découvrait devant nos yeux ébahis semblait plus raide que jamais. Pas évident de se motiver alors que ça fait déjà 6h qu’on marche, mais disons qu’on a pas vraiment le choix. Nous passons en rythme escargot pour gravir la pente à 90° (j’exagère un peu), ne lésinant pas sur les pauses (tous les 50 mètres). Plus rien ne peut nous arriver, et pourtant, la fatigue aidant, nous nous perdons, l’espace d’un instant seulement. Lorsque nous retrouvons nos esprits, le soleil se cache derrière le sommet, et cela nous redonne l’énergie nécessaire à gravir les mètres restants. NOUS Y VOILA ! 4760 mètres, le plus haut que nous n’ayons jamais été de nos vies, presque aussi haut que notre bon vieux Mont-Blanc ! L’autre versant se dévoile d’un coup, la neige à portée de main, des parois grisées par le givre, et, plus bas, une lagune scintillante nous sourit. On éclate de rire, on est content, on est sûrement très fatigués aussi, et on reste un bon moment là, à admirer le paysage d’un flanc et de l’autre : ce que nous avons franchi, ce qui nous reste à parcourir.

    Redescendus de notre nuage enneigé, nous entamons la descente à grands pas. Le soleil s’éloigne, rattrapons-le ! Soudain, une odeur nauséabonde traverse nos narines, ça sent la mer, le poisson…et pourtant c’est un âne mort qui gît sur la chaussée. Il lui manque la moitié du corps, son propriétaire en a sûrement ramené la viande au village.

    Au fur et à mesure que nous descendons se dévoilent les tentes de notre prochain campement, plus nombreuses que celle de la veille. Lorsque l’on décide de partir en groupe, c’est avec un guide, des porteurs, et parfois même un cuisinier, c’est une véritable organisation, heureusement nous avions échappé à tout cela jusqu’à maintenant. Nous rencontrons une Suisse, apprenti guide, qui balade trois français dans la montagne. Elle nous invite à boire le vin chaud tout en discutant à l’abris du froid dans la grande tente qui sert de cuisine et salle à manger, très sympa ! Nous n’en aurons pas pour autant moins froid cette même nuit, dans nos tentes, ou nous tenterons (ahah) tout pour nous réchauffer : tout habillés, les duvets jumelés, à deux dans un duvet…rien à faire il fait décidément trop froid, et nous voilà repartis pour une deuxième nuit blanche !

    On descend de la montagne… en courant !

    Nous partons sans petit déjeuner, nous sommes trop congelés pour faire quoi que ce soit. Nous décidons de faire le trajet restant d’une foulée, nous ne pourrons supporter une nouvelle nuit glacée. C’est parti pour la course, un trek de 4 jours en 3, challenge ! Manque de bol on se retrouve coincés à cause d’une rivière, à tant vouloir se dépêcher on s’est trompé de chemin. Entre faire demi-tour sur 3 kilomètres et se mouiller on choisit la solution la plus rapide : c’est GE-LE ! Nous arrivons au lieu de camp de la troisième nuit en seulement 4 heures de marche (forcée), Anies en profite pour faire une sieste expresse pour tenir le choc. A peine sortie des rêves (un lit douillet, un repas chaud) nous repartons de nouveau en courant. On a à peine le temps de voir le paysage autour de nous, de plus en plus humide et sauvage. Bon nombre de mules, vaches, taureaux font partie de ce panorama, attention où tu mets les pieds, c’est un véritable élevage ici !

    A’y’est nous sommes à mi-chemin, reste le plus dur : la descente raide sur cailloux glissants. Aie aie aie les genoux ! Le chemin qui serpente ne semble pas avoir de fin, et plus ça va plus Anies a mal. Les animaux sont remplacés par des groupes de touristes en masse qui font le chemin en sens inverse. Les guides les font démarrer par le sud, car le garde de l’entrée du parc est souvent absent, ce qui leur permet de faire de grandes économies 20$/touriste. J’envie leurs bâtons de marche !

    Cyril finit le trek chargé des 2 sacs et en courant mais comme il dit il n’a jamais eu autant la forme de sa vie, il est prêt à repartir de suite.

    Au final, sur les 45 km nous n’aurons vraiment profité que de la première moitié, avant que les nuits glacées nous affaiblissent et que les flots de randonneurs ne viennent envahir « notre » montagne. Malgré tout de TRES loin ce fut pour nous les meilleurs moment du Pérou (si l’on oublie qu’il nous a fallu batailler une journée entière pour que l’agence nous rembourse la location de la tente pour le 4ème jour n’ont utilisé, maintenant on insulte les arnaqueurs-voleurs en les traitant de « péruviens ;oD ).

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