Passage de frontière en douceur
Le ventre encore ému par le buffet à volonté du matin même, nous gagnons notre bus de nuit, épuisés par notre journée de nonchalance. Le bus a l’air confortable, les sacs de couchage sont sortis, et les chaussures rangées soigneusement sous nos sièges. Tout est prêt pour le dodo, de toutes façons nous n’avons pas trop le choix, ils nous éteignent les lumières dès 20h30 ! Et c’est parti : ZZzzzz ZZzzz…nous en avions grandement besoin.
A 3 heures du matin, nous sommes réveillés pour régler les formalités douanières, déjà la frontière ? D’habitude nous devons nous battre pour arriver durant les horaires administratifs des douaniers, faire la queue sous le soleil et négocier notre droit de passage tout en repoussant les changeurs d’argent qui viennent nous assaillir de leurs taux. Là c’est tout le contraire, la nuit est d’un calme étonnant et le douanier d’une gentillesse exemplaire, « Et deux nouveaux tampons sur nos passeports, 2 ! ».
10$ de commission !
Deux heures plus tard, nous arrivons à Piura. Les touristes sont toujours les derniers à sortir des bus de nuit, il faut nous comprendre : « dedans c’est le lit douillet, dehors le grand inconnu ». D’ailleurs on se fait agresser dès notre sortie du cocon par des « taxistes » (un nouveau mot signifiant chauffeurs de taxis, vous ne connaissiez pas ?) en manque de prime. Ils nous proposent des auberges, des tours, des discounts…alors que nous ne savons même pas où nous sommes ! Une chose est sûre, il nous faut de l’argent, mais un samedi à 5h du matin ?
Le taxiste connaît des changeurs d’argent au noir qui n’ont pas d’horaire, allons-y ! A chaque frontière nous changeons de l’argent de cette manière, cela nous permet d’éviter les commissions et les heures d’attente dans les banques, et jusqu’ici nous n’avons jamais eu de problèmes. Seulement cette fois, nous ne connaissons pas le taux de change. Comme on ne nous a jamais arnaqués de cette manière depuis 6 mois, nous décidons de faire confiance à un des hommes qui errent dans la rue déserte, à qui nous tendons des billets par la fenêtre de notre taxi (c’est assez glauque comme situation). Nous ne réaliserons que quelques heures plus tard l’ escroquerie, 3,04 à la place de 3,44, « Welcome to Pérou » !
Chan-Chan ou l’Egypte au Pérou
La petite ballade nous aura au moins fait découvrir la ville de Piura, raison de plus pour ne pas rester, et profiter de la journée pour parcourir quelques km de plus (le Pérou c’est énorme). Le taxiste nous laisse à une des nombreux terminaux de bus (chaque compagnie a son terminal, rarement dans le même quartier, pratique pour la comparaison des prix !) et nous partons pour Trujillo. Enfin réveillés, nous sommes surpris par le paysage qui défile sous nos yeux : le désert absolu ! Il est en contraste complet avec celui de l’Equateur, riche, vert et montagneux. Nous nous promettons de ne plus jamais passer la frontière de nuit, ce qui nous a empêché de comprendre le panorama.
La ville de Trujillo n’est pas exceptionnelle à première vue, et nous avons du mal à trouver un hôtel à notre budget. Pourtant nous savions que le Pérou est plus cher que l'Equateur, mais nous avons toujours du mal à nous faire à la différence des prix. Heureusement les restaurants bon-marché abondent, et nous goûtons à nos premiers mets péruviens (riz-poulet, wouaa !) suivi d’un délicieux repas chinois.
Le lendemain nous partons en direction du site archéologique de Chan-Chan, raison de notre venue. La ville fut construite par le peuple Chimu aux alentours de 1300 après Jésus-Christ, et, malgré la conquête inca, elle ne fut désertée qu’après l’invasion des Espagnols. De cette cité, qui jadis comportait près de 10 000 logements, restent les murs de terre brune frôlant le rouge, parfois décorés de grandes frises. Situé en plein désert, le site est magnifique et ressemble à l’Egypte. Les murs qui entourent la cité paraissent intacts, et du haut du mirador on peut observer ces mêmes remparts s’étendre à perte de vue. En compagnie de notre charmante guide nous passons nos premiers moments détendus au Pérou…signe que nous ne savions pas ce qui nous attendait à notre retour.
Surprise, on a nettoyé votre chambre !
En revenant à l’hôtel nous retrouvons une chambre intacte, à une exception près, que nous ne noterons que le lendemain : il manque 100$ dans la pochette de Cyril, qui était pourtant bien cachée. Nous sommes sûrs de nous les être fait voler dans cet hôtel, car la transaction date de ce matin, et la pochette garde des séquelles (l’imbécile qui nous a volés ne sait ouvrir un zip-loc, sachet en plastique hermétique qui ne l’est plus après son passage !). Nous en informons le gardien, qui plaide non coupable et nous conseille d’attendre la gérante. Lorsque celle-ci arrive quelques heures plus tard, elle nie toute possibilité de vol et nous conseille d’attendre le propriétaire. Agnès tente tant bien que mal de faire avouer à quelqu’un le vol, mais ne tire rien à part quelques larmes de la gérante, qui n’a en effet l’air au courant de rien. Direction la police, où nous perdrons la journée, puis une partie de la soirée dans un autre département.
« A quoi bon, me direz-vous ? » Et quelque part vous avez raison, il n’y avait quasiment aucune chance de les récupérer ces sous, je vous l’accorde. Mais si personne ne dit jamais rien, en plaidant l’inutile, le mal ne peut qu’empirer. Je comprends parfaitement qu’on soit tenté de piquer 100 dollars (souvent plus d’un mois de salaire) à deux touristes, et qu’on passe à l’acte puisque c’est si facile ! Passer la journée à riposter, revenir avec les policiers, cela vous fait perdre du temps à vous, certes, mais sachez que cela aura au moins le mérite de les embêter un peu. Et avec de la chance il se fera même gronder, le voleur !
En attendant, nous pensons avoir appris la leçon : Au Pérou, redoublez de vigilance ! La suite prouvera que rien n'arrête les Péruviens.
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