Bon il y avait cet homme, pas tout à fait digne de confiance, mais vous savez le genre à qui on veut quand même faire confiance ne serait ce que pour se prouver que l’Homme n’est pas forcément mauvais ; bref nous l’avions rencontré dans la rue deux jours avant notre affaire et nous lui avions laissé quelques sous, 1,25 US$ (une fortune pour nous qui nous battons chaque jour pour économiser 20 cents) pour acheter une boîte de lait en poudre pour les réfugiés Haïtiens de l’église Episcopale.
Par un joli samedi, nous nous promenions donc dans Panama et l’homme nous retombe dessus, échange d’amabilité sur notre don, il nous apprend qu’il a trouvé un boulot de serveur mais qu’il doit s’acheter des fringues propres, nous pensons tout de suite qu’il va nous taper du pognon, mais il nous explique qu’il a déjà une solution à son problème : 1. il a déjà acheté les chaussures (il les tient fièrement à la main) 2. il a trouvé un américain qui veut acheter une cartouche de clopes avant de rentrer « back home », comme ce dernier ne connaît pas les prix notre homme va faire une affaire.
Mais il lui manque les 4,5US$ de mise de départ pour acheter la cartouche et la revendre illico. Evidemment c’est là que nous intervenons.
Quand on voyage, on est constamment sur ses gardes, et le risque de voir le mal partout est assez présent. Il nous arrive parfois de glisser sur cette pente. A trop poser de barrières on manque des occasions et surtout on risque de vite devenir un salaud qui regarde sans s’impliquer. Alors cette fois, on se dit qu’on va laisser les barrières un peu de côté et faire confiance à notre bonhomme. Bien sûr on va se faire avoir…
Nous le suivons donc plein de bonnes intentions vers le marché pour acheter la cartouche ; Jacques (c’est son nom) nous prévient que le coin est « très dangereux » pour les touristes. Le quartier où la vente de cigarettes de contrebande s’effectue n’est pas des plus agréables, certes, mais on a vu bien pire, nous ! Nous le suivons donc, soucieux quand même de protéger notre argent, pas fou on ne lui fait quand même pas 100% confiance. L’achat effectué nous prenons la direction de l’hôtel où réside l’Américain, Jacques nous apprend que nous sommes dans un autre quartier qui craint mais que nous pouvons l’attendre au resto du coin : non merci on suit toujours nos investissements. L’Américain n’est pas là, « parti manger au Pio-Pio » selon Jacques. Tandis que nous nous enfonçons dans un quartier de plus en plus craignos, Jacques serre la main à tous les flics du coin, en marmonnant des phrases incompréhensibles en anglais. Ces derniers répondent par des regards perplexes. Il est fort ce Jacques, même sans regarder le Pio-Pio, il sait déjà que son gringo n’est pas dedans ! Accolés à une devanture, il nous annonce que ce dernier arrivera dans les 15-20 minutes. On prend notre mal en patience, c’est clair tout ne peut pas aller comme sur des roulettes dans le monde des affaires, nous décidons donc de consacrer encore une demi-heure à Jacques. L’Américain ne se montrant toujours pas, Jacques comprend notre impatience et décide d’essayer de vendre la cartouche à quelqu’un d’autre. Cette fois nous sommes vraiment dans LE quartier qui craint, avec ses dizaines de jeunes au regard lourd qui s’accoudent à leur voiture-sono, ses immeubles crasseux, ses chiens errants. Il nous indique du doigt sa direction, la plus petite des ruelles sombres du quartier. Nous voudrions l’accompagner encore, mais nous avons l’appareil photo dans la poche (pas deux fois le coup du vol de l’appareil s’il vous plait !), et puis un peu de lassitude se fait sentir… il a filé !
Nous attendons 10 minutes, on maugréant tour à tour des « on est trop cons ! » et des « bon il va peut-être revenir »… Rien.
Nous repartons vers notre hôtel avec la paire de chaussures de notre arnaqueur, qu’il nous avait laissé pour nous faire croire à son retour. En chemin, nous sommes persuadés que la ville entière se fout ne nous, les chaussures témoignant de notre bêtise !
Voilà ça nous aura coûté 5$ moins une paire de pompe, et 1$25 aux réfugiés Haïtiens… Voyez le prix qu’on paye pour vous faire des bôôô carnets de route ! :o)
|