Lorsque nous quittons le Costa Rica, nous n’avons aucune idée d’où nous allons. Nous ne cessons de nous plaindre des guides touristiques, mais il faut bien avouer que sans eux nous sommes perdus ! Que faire ? Ou prendre le bus ? Combien devons nous payer ? Combien d’heures de trajet ? Non, non, j’exagère, mais c’est vrai qu’ils sont utiles ces guides, et je ne cesse de me demander comment se débrouillaient mes parents lors de leur voyage en Amérique Centrale dans les années 70’.
A la frontière, nous cherchons désespérément un bon vieux chicken-bus pour nous emmener à David, mais à l’horizon il n’y a que des micro-bus modernes, avec clim’ à fond et horaires fixes. Il paraît que les Panaméens sont exigeants, et ne voyagent pas sans toilettes et climatisation. Premier choc culturel ! David est la troisième ville du Panama, une grande ville donc, et nous sommes un peu perdus dans une foule d’hommes d’affaires avec leurs téléphones portables (des PORTABLES !!) et de minettes exhibant leur nombril en pantalon taille-basse. Heureusement nous tombons sur une jeune panaméenne tchatcheuse qui nous guide en ville et nous aide à trouver un hôtel.
Les grands magasins sont en nombre incroyable et se font concurrence par le volume terrifiant de leur sono, devant lesquels des hommes, parfois jusqu'à 10, sont payés à taper des mains pour attirer l’attention des passants, ça nous fait bien rire. Nous apprenons que les hôtels les moins chers s’appellent vulgairement des « push-botoms », du fait que les jeunes couples viennent y passer quelques heures, à l’abris du regard de leurs parents. Hé oui, notre environnement nous avait presque fait oublier que nous étions en Amérique Latine ! On finit quand même par trouver une pension bien comme on aime, avec des cafards, des trous dans le mur, et sans climatisation (alors que croyez-moi, à David il fait TRES chaud).
Deuxième choc culturel : au Panama il n’y a pas de marchés, du moins aussi grand que ceux que nous connaissons, et sans eux nous sommes réellement perdus ! Un passant nous indique un buffet-restaurant qui a première vue nous semble hors de notre portée (agents de propreté ramassant les plateaux, musique d’ambiance, et encore cette satanée climatisation !), mais qui finalement s’avère être un bon substitut à la «comida» de marché : fraîcheur et variété des ingrédients, prix très raisonnables, eau fraîche à volonté (!!), et tout cela dans un décor aseptisé, baigné de musique d’ascenseur, et rafraîchi par un climatiseur ! Mais pourquoi je vous raconte tout cela, revenons à l’essentiel : Bocas del Toro…
Bocas del Toro, on en entendait parler sans cesse depuis le Mexique. Cet archipel d’îles est un lieu idéal pour snorkler, plonger, se baigner, ou tout simplement se promener au bord de la mer. De plus, plusieurs de ces îles sont protégées par le parc marin de Bastimentos. Enfin, différentes espèces de tortues de mer viennent pondre leurs œufs sur ces immenses plages désertes. Mais la célébrité de Bocas aux yeux des touristes tient à « Polo’s beach » sur l’île de Bastimentos. Polo vit là, sur sa plage, seul, depuis 38 ans. Pour 7$/jour, il vous prête une tente et vous prépare amoureusement 3 repas quotidiens (délicieux et à volonté, ceux qui nous connaissent comprendront l'importance de ce dernier mot), composés de poisson, de langouste, de ragondin…selon l’arrivage !
Il est tout comme on nous l’avait décrit : il passe la totalité de ses journées (depuis 38 ans donc) à boire des bières et à fumer, il se met brutalement à crier en milieu de phrase (à moitié en Créole), termine toutes ses phrases par "baby" ou "man" (selon votre sexe et son alcoolémie) et surtour par "FUCKING SAND FLIES, YOU KNOW, BABY", et répète inlassablement les mêmes histoires incompréhensibles. Nous avons de la « chance », puisqu’en plus c’est la saison des « sand-flies », ces horribles petites bêtes quasi invisibles à l’œil nu, qui s’invitent chez vous à travers le filet de votre moustiquaire, se nourrissent de votre peau sucrée et vous remercient avec des dizaines de morsures qui démangent comme des boutons de moustique. Polo ça le rend encore plus fou, et nos trois jours chez lui en deviennent encore plus folkloriques, il hurle deux fois plus et se frotte la tête frénétiquement ! Néanmoins, comme on nous l’avait dit, « il est cool Polo », et qu’est-ce qu’il fait bien à manger ! On se régale avec ses petits pains maison (au maïs, à la banane), son riz à la noix de coco, ou ses langoustes tout juste pêchées.
Pas loin de là, on rencontre Sandrine et Joseph, un couple franco-américain, apeurés par ce qu’ils viennent de voir : quatre hommes armés de mitrailleuses énormes entrer dans la forêt. Ils viennent de s’installer dans une maison en construction (en ville on dit squatter, mais ici ?), qu’ils meublent et décorent jour après jour grâce à ce que la nature leur apporte (bambou, bois, coquillages…) et à quelques outils (scie, machette, clous..). Ils ont peur de se faire déloger de ce nouvel habitat dans lequel ils comptent passer une semaine, u mois, une saison, « on verra ! ». Nous n’apprendrons que plus tard que ces hommes du « gouvernement » ( Policiers ? On ne le saura jamais) étaient venus arrêter l’Indien du coin, en possession d’un sac énorme de cocaïne, qui avait paraît-il échoué sur la plage, sûrement abandonné par un bateau en provenance de la Colombie (eh oui nous ne sommes pas bien loin!). «Voilà de quoi nous parlait Polo !». (En passant, Joseph s'était fait bouffer, 2 semaines auparavent, un bon morceau de molet à Corcovado par un requin gourmet, quand on vous disait que c'était dangereux)
Pour notre dernière visite aux Caraïbes, on a décidé de faire un « tour » (dans le sens tour organisé) ; on nous a beaucoup promis, on ne nous a pas mentis. Ca commence par un petit tour sur Dolphin Bay, où très rapidement apparaissent des dizaines de dauphins, avec lesquels nous n’avons pas pu nager, à notre grand regret. Il paraît qu’ils s’approchaient plus des bateaux auparavant, mais se montrent méfiants depuis que deux bébés se sont retrouvés coincés dans les filets d’un pêcheur. Puis, une petite heure de snorkling dans deux mètres d’eau (au plus) pleine de poissons multicolores, au-dessus d’une barrière de corail entre deux îles (bon, au pied d’un restaurant sur pilotis aussi). Le tour se clôture par une ballade sur Red Frog Beach, et une baignade dans ses mers agitées. Inutile de préciser que les petites grenouilles rouges abondent sur cette plage, et sont faciles à repérer.
Voilà pour notre dernière aventure corallienne, nous quittons les Caraïbes sans regrets, car c’est la saison des pluies qui commence ici !!
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