Quand on voyage (surtout longtemps), ce sont souvent les mêmes questions qui reviennent et qui jouent le rôle de premier lien social avec les habitants : pour nous c’est « vous vivez ici depuis longtemps ? » et eux « D’où venez-vous ? ». A cette dernière question dont la réponse est invariable on récolte généralement un « Français ? Zidane !!! » et plus rarement un « Delon ! ». A Leon, à peine sortis du bus, un homme nous hèle la sempiternelle question depuis le trottoir d’en face et à la sempiternelle réponse nous obtenons un « Ah Français ! Victor Hugo » !!! Madre Dios ! La couleur est donnée !
Pendant 3 jours nous ne cesseront d’être étonnés par ces nicaraguayens, toujours souriants, gentils, qui adorent parler et qui vous entretiendront au détour d’une rue de la politique française bien mieux que vous ne sauriez parler de celle du Royaume-Uni ou de l’Allemagne.
Leon a été longtemps la ville du pouvoir politique au Nicaragua et un farouche fief des sandinistes (les partisans se réclamant de Sandino, fondateur au début du siècle des mouvements de libération du pays alors aux mains des américains : la gauche, quoi). Le drapeau rouge et noir de la révolution y flotte partout. Nous avons eu un aperçu bien vivant de la révolution, éteinte il y a à peine 20 ans. Sur le Parque Central, face à la cathédrale (tout un symbole), se trouve le siège du parti sandiniste, le FSLN ; nous y avons rencontré Chiné qui, règle en bois en main, nous a expliqué, grâce aux photocopies d’articles de journaux et aux photographies jaunies accrochées aux murs, un siècle de politique au Nicaragua. Il est très rare en Amérique Centrale, malgré la présence dans les mémoires de tous des guerres contre les dictatures soutenues et mises en place par les Etats Unis, de trouver quelqu’un qui accepte de vous en parler. Parce que le Nicaragua est le seul de ces pays à avoir tenu tête jusqu’au bout aux USA, vous trouverez ici des gens qui en parlent (presque) sans tabous.
|