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       Carnet de route : Sumatra: Noël chez les chrétiens
    Mercredi 1er janvier 2003

    Vous avez fait quoi la semaine dernière ? Nous avons battu notre record : 7 jours et 6 nuits dans un bus ! Par obligation, puisque nous devions renouveler notre visa en Malaisie. Du coup on passe Noël et la fin de l’an 2002 avec les chrétiens...

    Toute première fois, toutoute première fois…
    Oui c’est la toute première fois que nous souhaitons rester dans un pays plus longtemps que le visa originel ne nous le permet (c’est la première fois que le visa est aussi court), et c’est la première fois que les conditions d’obtention d’un nouveau visa sont aussi drastiques : ici pas de prolongation possible, il faut sortir du pays pour y ré-entrer (même 5 minutes plus tard), par une entrée officielle en plus, et bien souvent en bateau ce qui est donc long et coûteux.
    Parce que nous avions des rendez-vous en pagailles dans ce pays (école à Jakarta et à Bali, retrouvailles de potes), nous avons donc du relever le chalenge du plus long bus de l’histoire : un petit trait sur une carte du monde mais une énorme épreuve pour nous.

    Je suis un légume, je suis une pierre, je ne bouge plus, je suis mort, je suis enterré
    Ce que l’on découvre lorsque l’on reste assis sur le même siège pendant 160 heures d’affilées, c’est que l’on entre doucement dans un mode de vie ralenti, un état d’hibernation que peu de mammifères maîtrisent : lire au ralenti parce que c’est la seule activité et que la réserve de lecture est maigre, manger le moins possible pour limiter le rythme des évacuations, ne plus penser sinon on a envie de sauter sur la pédale de l’accélérateur.
    De toute manière vous en viendrez forcément à détester vos compagnons de cellule, quel que soit leur niveau de sympathie. Vous ne voyez qu’un but : ARRIVER le plus vite possible ! Eux ils pensent bêtement : continuer à vivre normalement !
    Qui peut se targuer de rester stoïque quand les autres prisonniers gaspillent 3 heures par jour en pause repas (alors qu’il est si facile de se retenir quelques jours) et passent 2 heures par jour à se laver (pourquoi faire ? on est dans un bus !), que le chauffeur dépasse rarement les 40 km/heure (sauf dans les côtes en virage pendant un dépassement), que le type assis par terre dans l’allée s’endort toutes les heures sur ta cuisse, quand au prix d’un effort surhumain tu consultes la carte et que tu découvres que le bus fait un détour de 12 heures pour déposer 3 passagers ? Qui ? Ah il peuvent être heureux que nous soyons de l’école pacifiste et que nous ne leur ayons donné comme leçon que nos sourires les plus hypocrites !

    Malaisie première prise : le pays où la vie est plus chère
    4 heures de ferry rapide hors de prix (à tenter de voir le dernier James Bond en version pirate sur une télé cassée, je ne sais pas ce qui est le plus honteux : avoir du matos aussi pourri dans un ferry à ce prix ou bien passer en toute bonne conscience une grosse copie pirate) et nous voilà chez les voisins, les Malais, aimé parce qu’ils sont plus riches, détestés pour les mêmes raisons.
    Quelle cure de jouvence après 2 mois en Indonésie ! Les rues sont désertes et personne ne vous regarde comme si vous étiez Elton John. Nous n’avions qu’une nuit ici avant le retour en Indonésie, et nous l’avons mis à profit pour faire ce qui nous manquait : bien manger (au moins différemment) et tenter d’aller au ciné (raté ! le Seigneur des Anneaux était déjà complet).

    Sumatra, une pincé de christianisme au pays des mosquées
    Au sein d’un cratère de volcan, une île (Samosir). Sur cette île, une petite péninsule sur laquelle s’est formée une ville (Tuk-Tuk). Dans cette petite ville, un bungalow où nous nous prélassons, enfin tranquilles ! Pas de voitures, pas de marché, pas de foule, havre de paix idéal pour les fêtes de Noël. Le 24 au soir, avec Carlos, un mexicain (un mexicain ! Ce doit être le seul mexicain dans toute l’Asie !!) et Neil l’anglais (deux bonnes trouvailles), nous cherchons désespérément un resto, une fête, quelque chose quoi, c’est Noël ! Pour finalement apprendre qu’ici, comme en Angleterre, ça se passe le 25. Nous assistons à la messe de Noël (une partie) dans une église, ça faisait longtemps que nous n’en avions pas vu une ! On se venge le lendemain avec une bonne bouffe devant un concert de musique et danse traditionnelle batak.
    Nous sommes chez les Batak, un peuple de 6 millions d’habitants regroupés dans le Nord de Sumatra, dont les maisons aux toits courbés rappellent l’univers d’Alice au pays des merveilles. Les hommes sculptent du bois ou pêchent pendant que les femmes lavent le linge dans le lac à côté des enfants nus qui s’y baignent joyeusement. L’ambiance invite à la nonchalance, et ça tombe bien puisque c’est ce qu’on sait faire le mieux !

    Bukit-Lawang, ou Booking-Lawang
    Pour le Nouvel-An, nous allons à Bukit-Lawang, une petite ville construite autour d’une rivière avec de nombreux petits ponts à singes reliant les deux bords. Nous sommes à l’entrée d’une des seules jungles au monde où vivent encore des orangs-outans ! Nous leur rendons visite au refuge qui leur est consacré, mais, malgré notre enthousiasme pour ces créatures fascinantes, nous sommes un peu déçus de ne pas avoir le temps d’aller en expédition dans la jungle pour les découvrir par nos propres moyens. Autre attraction : le tubing, ou plus simplement la descente de rapides sur chambre à air. L’expérience en elle-même est géniale, sauf si, comme Agnès, vous tombez de votre bouée et vous prenez chaque pierre sur les côtes, le ventre, la hanche, aïe aïe aïe !!! Mais plus douloureux que la douleur même, la perte de ses scholl (vous savez, les fameuses sandales Allemandes), moi qui pensais qu’elles feraient le tour du monde !
    Butik-Lawang est un village super calme, sympa et pas chère… sauf pour le Nouvel-An ! Tous les hôtels sont réservés (je dis bien TOUS, nous les avons tous faits !) et puis de toutes manières ils sont devenus bien trop chers (prix de fête : 10-15 fois le prix normal !). A partir du 31 après-midi et jusqu’au lendemain après-midi arrivent des bus entiers d’Indonésiens avec leurs paniers à pique-nique et leur guitare prêts à payer leur salaire mensuel (ou presque) pour une chambre d’hôtel décrépie. Les ruelles s’emplissent de ces vacanciers qui s’arrêtent devant les stands de lunettes de soleil et de durian, ce fruit à l’odeur d’œuf pourri et égouts qui infeste les marchés. Comme nous sommes au « pays du durian » (le fruit vient de Sumatra) nous goûtons : eh bien c’est vraiment dégueulasse, et en plus on le rote toute la soirée ! Heureusement on partage ça avec les copains de Tuk-tuk retrouvés par hasard, et on passe la soirée ensemble devant LE concert de la ville, où se déchaînent les Indonésiens bourrés torse-poil, face à une foule d’Indonésiens « pures » (ceux qui ne sont pas en contact avec les touristes au quotidien) au regard ébahis.

    Et voilà, c’est déjà demain, une nouvelle année de voyage ?

     
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