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       Carnet de route : Yogyakarta : Les nouilles étaient pleines de C4
    Mercredi 06 novembre 2002

    Nous voici dans l’ultime (mais colossale) étape de notre voyage, la mystérieuse Asie. Un tout nouveau continent que nous abordons avec grand enthousiasme, mais aussi avec incertitude : allons-nous réussir à nous faire comprendre, à trouver notre place dans une société si différente de toutes celles que nous avons connu jusqu’ici ? En tous cas on démarre très fort en atterrissant à Kuta, qui continue à faire la une des journaux lorsque nous quittons la Nouvelle-Zélande (si vous lisez ce carnet plusieurs mois après son écriture vous aurez sûrement déjà oublié un certain attentat, un certain 12 octobre).

    Dans la nuit noire et obscure…
    Vous avez déjà volé 7 heures dans un Boing 747 avec plus de personnel que de passagers ? Nous, et les 40 autres passagers, oui ! Pourquoi affréter un si gros avion pour si peu de gens ? Parce l’avion emmène une poignée de fous (de l’avis des Australiens) vers un « méchant pays islamique de poseurs de bombe » et ramène un plein chargement de touristes appeurés…
    On n’aime pas arriver de nuit quelque part, mais arriver de nuit dans une grosse ville d’un grand pays d’un continent qu’on ne connaît pas, on a fait fort ! Aéroport de Denpasar, 22h30, on décide d’échouer à Kuta parce que c’est pas loin et qu’on aura sûrement pas de mal à trouver un hôtel en raison des évènements récents. Munis de notre précieux Lonely Planet pour avoir une idée des prix, et de notre « phrase-book » pour pouvoir les demander, nous partons à la recherche d’un taxi.
    On se fait déposer dans une petite ruelle, le chauffeur nous dit qu’il ne peut pas aller plus loin puisque les routes du centre ont été barrées à cause des bombes qui y ont explosé il y a dix jours. Il fait nuit noire, et les ruelles, qui ne sont éclairées que par endroits, et desquelles sortent des motos toutes les 5 secondes, n’ont pas de nom. On met pas mal de temps à se repérer dans cet obscure labyrinthe, d’autant plus que nous n’y avons pas encore nos repères : à quoi peut bien ressembler un hôtel « poucrave » ici ? En tous cas, le « moins cher du Lonely » n’est plus si donné que ça, et malgré tous nos efforts le petit vieux ne comprend rien à ce qu’on raconte ! Pourtant on s’est bien entraînés à parler Indonésien en Nouvelle Zélande, je ne comprends pas… on finit par échouer à côté, dans un petit bungalow plus classe et moins cher.

    Les nouilles étaient pleines de C4
    Kuta sans touristes, le rêve. On n’a pas de mal à imaginer les rues bondées de touristes en tongs achetant des bikinis et les bars pleins à craquer d’Australiens en short buvant de la bière. Ils ont tous fui Kuta comme la peste, les hôtels, notamment les plus luxueux, sont déserts, les employés des bars-discos font la sieste sur le carrelage. C’est une grande catastrophe pour eux, si nombreux à vivre du tourisme, on sent bien qu’ils sont désespérés de faire ne serait-ce qu’une vente par jour. Ca les journaux australiens ne s’en sont pas souciés, et en Nouvelle-Zélande on ne parlait que des trois Kiwis qui n’étaient pas loin et s’en sont sortis, comment leurs familles ont eu peur et sont soulagées de les retrouver, une verre de vin à la main, c’est assez scandaleux !
    On passe trois jours à prendre nos repaires, nos premiers repas aux « warungs », des petits stands où l’on trouve du « nasi-goreng », un riz frit avec des légumes épicés, du « saté », petite brochettes de viande dans une sauce caramel-cacahuètes ou encore du « gado-gado », un plat typique dont je ne connais pas les ingrédients exacts. Ils sont tous tellement souriants que j’ai perpétuellement l’impression qu’ils se foutent de nous (ce qui énerve Cyril), et puisque de toutes manières on ne comprend rien à ce qu’ils racontent on se contente de sourires niais qui justifieraient tout à fait qu’ils se moquent de nous ! Lorsque nous nous sommes mis à potasser l’Indonésien, nous avions oublié ce détail, la compréhension !

    Et un visa plustard
    L’Indonésie, on nous en a fait tellement d’éloges que nous avons décidé d’y consacrer plus de deux mois. Le hic, c’est que notre visa n’est valable que deux mois, et qu’étant donné que l’Indonésie est un archipel de 5000km de long, c’est un peu compliqué de sortir et rentrer du pays. En plus, on compte passer Noël avec Mélanie, une amie de Cyril, qui veut que nous visitions Bali ensemble début décembre (alors que nous y sommes déjà), puis Sumatra (3000km et deux îles plus loin) pour y passer Noël et le Nouvel-an. Mais comme notre visa auront expiré à ce moment là nous devons être à Sumatra avant pour faire un aller retour en bateau, à moins que nous prenions l’avion… Si on considère qu’en plus elle attend de savoir si son copain viendra ou non avec nous, et si oui ou non Nico, un autre copain de France, viendra se joindre à nous, ça devient archi-compliqué. Pour clouer l’affaire, la maman de Cyril hésite encore à venir à Bali d’ici un mois. Est-ce qu’on visite les îles de l’Est en attendant leurs réponses, est-ce qu’on renouvelle nos visas au Timor, à Bornéo, à Singapour… ? Devant tous ces questionnements et problèmes de logistique impossibles à résoudre, on décide de fuir nos responsabilités en se réfugiant chez Mélanie, à Yogjakarta sur l’île de Java.

    Comment je suis content de pas être gaucher
    Pendant les trois jours qui nous mènent à destination, nous vivons notre première « tourista » et en profitons pour découvrir les toilettes Indonésiens (mandi). Le mandi est une petite salle de bain agrémentée de ce que nous appelons « chiottes turques », à savoir un trou dans le sol, à côté duquel se trouve un grand bassin d’eau. Avec un petit sceau, souvent en forme de cœur (quelle humour), on puise de l’eau pour se laver avec sa main gauche. C’est beaucoup plus propre que du papier hygiénique, certes, mais il n’y a pas de lavabo pour se laver les mains après, ce qui explique que les Indonésiens ne font rien d’autre avec, et qu’il est considéré très impoli de manger avec. Nous on trouve surtout ça un peu crade mais on aborde ça dans la joie et la bonne humeur (malgré le fait qu’on soit malades comme des chiens). N’empêche qu’on regarde nos mains d’une toute autre manière maintenant…
    Chez Mélanie on n’a pas ce problème, puisque sa gigantesque maison est dotée de toilettes comme chez nous, on a même une chambre et on n’est plus obligés de courir devant tout l’hôtel en cas d’urgence. Mais bien sûr comme toujours il n’y a plus d’urgence puisque nous ne sommes plus malades, c’est plus tellement marrant dans de telles conditions !

    Yogjakarta
    A Yogjakarta on se laisse promener par Mélanie et Agus, son copain Indonésien très sympa. En mob bien sûr, véritable institution ici. On visite le château d’eau, où le sultan venait choisir les femmes avec lesquelles il passerait la nuit, la plage au sud de la ville où tout le monde vient se promener le week-end, les collines du nord où les jeunes vont camper le week-end. Globalement on est assez impressionnés par le nombre de gens. On s’attendait à des foules en centre-ville, avec un trafic dense digne des reportages sur l’Asie, où le pousse-pousse rentre en collision avec le vélo. En fait, on découvre des villes qui s’étendent sur des kilomètres, des rues bondées de scooters, motos, on ne sait jamais si on est dans le centre ou sortis de la ville, pour nous tout se ressemble et on est assez paumés. Il y a plus d’habitants à Yogja seule que dans tout le Costa Rica ou le Nicaragua.
    On a aussi appris à traverser la rue, ce qui n’est pas chose évidente vu qu’il n’y a pas de passage cloutés, ni de feu rouge. Il faut en fait s’imposer petit à petit dans la foule de motos en se disant qu’ils nous éviterons…L’Indonésie promet d’être un pays riche en anecdotes rigolotes à vous raconter !

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