On avait vu 2 villes du Costa Rica, traversé plusieurs autres et surtout on avait lu les guides : le pays ne vaut que pour ses parcs, écotourisme ou rien. Ca tombe bien c’est exactement pour ça qu’on est venu nous.
Le parc Manuel Antonio près de Quepos sur la côte Pacifique est un peu le Deauville du Costa Rica, c’est la destination la plus proche de la capitale pour faire trempette dans l’océan. Sachant cela et malin comme on est, nous arrivons aux aurores pour éviter la cohue et bien sûr profiter de toutes ces belles choses sans partager : c’est mon singe, à moi ! Première surprise il n’y a personne à la grille du parc, ahah on les a tous eu les ot’ touristes ! Nous nous lançons donc fièrement sur le sentier, le seul, pas le choix. Il est pourtant peu à notre goût, on dirait une route : le goudron et les poteaux électriques ça vous gâche une jungle.
Manuel Antonio est un toute petite réserve, à peine 8 km de sentiers que nous abattons en 2 heures en y mettant les formes. Sur notre chemin fuient des centaines de crabes violets et oranges. Visiblement sourds et peu voyants, ils ne détectent notre présence qu’au dernier moment et, après un temps d’hésitation, dérapent bêtement sur les feuilles mortes en essayant de fuir, ou jouent à l’autruche la tête dans un trou trop petit. Ils sont tellement nombreux sur le sentier que le bruit de leurs pattes sur les feuilles nous donnent plusieurs fois l’impression qu’il pleut.
Deux fois nous ratons les photos des squirrel monkey (une espèce de singe en voie de disparition), ils passent d’arbre en arbre au-dessus de nos têtes et s’ils sont parfaitement visibles à l’œil nu, nous avons été incapables de les retrouver parmi la végétation sur les photos que nous avons prises (oui comme les vampires !).
Jusque là nous n’avions croisé personne ! Fantastique, autant d’animaux pour nous tout seul ! Et puis nous levons les yeux pour regarder des capucins passer de branche en branche, quand nous abaissons à nouveau notre regard au niveau du chemin, cinq (je dis bien 5 !) filles en bikinis et sandales passent en sifflotant !!! Je vous jure que quand vous observez le plus profond silence depuis 4 heures, que vous transpirez en chaussures de marche-pantalon long, sac à dos-bouffe-guide-réserve d’eau, et que vous vous croyez au milieu de la jungle, c’est une rencontre qui tient des Monty Python ! Elles ne semblent pas du tout étonnées et se promènent comme si elles étaient au zoo ! Diantre, quelles inconscientes pense-je ! Elles ignorent donc que nous sommes dans la JUNGLE, où rodent les bêtes féroces aux yeux jaunes du vice, où volent des insectes plus sournois qu’un chat nourri sans Whiskas, où chaque branche est un serpent, où chaque tronc cache un légionnaire de Babaorum astucieusement déguisé ? Je n’ai pas à faire plus 20 mètres à leur suite, pour les prévenir des dangers qui menacent, que la forêt s’éclaircit pour laisser place à (4 coups de tête, 4 coups d'oeil):
- en face : une plage pleine de serviettes de bains, de pelle et de seaux en plastique
- plus loin : la mer pleine de baigneurs, de bouées et d’éclaboussures
- à droite : des toilettes-douches en béton
- à gauche : un restaurant
AH ! Je suis terrassé ! Je me meure, je suis mort, je suis enterré ! Les voilà les touristes ! Tout ce temps où nous nous croyions seul et au milieu de nulle part, nous pensions que Tintin n'avait qu'à bien se tenir et nous n’étions que des Raymond Calbuth partant explorer le sud du terrain vague de Ronchin nord.
Dépités nous abandonnons nos casques coloniaux dans le sable et plongeons à l’eau pour y noyer notre chagrin…
(Intermède : lallalalalaaaaaalalalLALA)
Corcovado c’est l’absolu opposé de tout cela ! C’est trois jours de treks dans une réserve grande comme Paris-banlieue, la vraie nature sauvage et dangereuse (Oui messieurs !). Des dizaines de kilomètres à parcourir en cas de problème, des trajets où il faut prendre en compte les heures des marées sinon les rios sont envahis par les requins, où la météo a un rôle capital. C’est une réserve que la lecture des guides et les récits des voyageurs ont entourée d’une aura de mystère et d’aventure (y’a plein de gens qui y meurent, si si si, plein qui se font attaquer par des braconniers, des chercheurs d’or illégaux, des requins, des crocodiles, des serpents, et pire des troupeaux de porcs sauvages… Ah le plaisir en somme). Sachant cela j’étais tout excité, je voulais absolument me faire attaquer moi, par n’importe quoi, juste pour avoir une cicatrice à montrer à mes petits-enfants.
Je vous gâche le plaisir de la suite : il ne nous est rien arrivé ! C’était juste incroyablement beau, époustouflant de diversité, magiquement ailleurs, une vraie plongée dans la jungle par nous-mêmes.
On raconte d’ailleurs tout cela sur le site de Lafuma, partie Bons Plans, où nous publions nos treks (oui je suis un peu faignant aujourd'hui).
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