Les 7 cascades
On en avait marre, tout simplement ! Nous étions rentrés dans une routine de la découverte, un train-train de voyageur. Blasés qu’on était, lessivés de tant d’hôtels, de tant de restaurants premier prix. Les soupes ressemblaient aux soupes, le poulet à la poule, les villes aux villages, les Boliviens aux Equatoriens.
On se creusait le ciboulot et une seule pépite en sortait : il nous faut des vacances !
Comme les dieux pourvoient à tout, mais qu’ils nous veulent néanmoins sur le chemin de notre destinée, ils mirent sur notre route la ville de Sucre et la Bédéthèque de son Alliance Française. Petit bonheur fugace que de retrouver les bulles illustrées hexagonales, mais plus il nous en fallait et plus nous avons trouvé.
A 8 km de là, dans la campagne sèche et a priori inhospitalière de Sucre, une ferme retapée et reconstruite par 2 voyageurs en quête d’un lieu de repos, petit paradis superbe qui doit tout à Joël et Nathalie, voyageurs, sculpteurs et décorateurs, en pause ici depuis 1 an et demi avant de repartir pour au moins 2 autres années de voyage.
Allongés dans un transat, le point brandit à la face de la stupidité des hommes (la lecture de Charlie-Hebdo m’a toujours fait cet effet là), sirotant un riz au lait raté (oui mais c’est nous qui l’avons fait !), à l’ombre d’un cactus, jamais plus nonchalantes vacances ne nous auront aussi vite remis sur pieds.
Et c’est tant mieux car nous nous enfonçons maintenant dans le sud bolivien, région de déserts colorés et d’une rare âpreté.
Où nous nous essayons à la dynamite
La ville de Potosi est célèbre pour sa mine d’argent, qui rendit riche l’Espagne et causa la mort de 9 millions d’indiens et de noirs venus y travailler. Aujourd’hui la gigantesque colline qui surplombe la ville, percée de milles tunnels, n’est plus exploitée que par des mineurs indépendants, chacun creusant son trou, chacun faisant péter ses charges après quelques coups laconiquement frappés sur les parois en guise de « Tiiiiiiiimmmmberrrrrr ! ».
Pour nous cela restera la ville de la dynamite en vente libre, car pour aller voir bosser les mineurs il faut leur apporter des cadeaux qu’ils aiment : la coca bien sûr mais surtout leur grand plaisir le bâton de dynamite. Ils se feront une joie de vous faire une démonstration : malaxage de la nitro, enfouissage dans de l’engrais pour en augmenter la force (il paraîtrait que Mac Guyver aurait tout piqué aux mineurs d’ici) et BOOOOOUUUUUM !!!
Aucun contrôle donc, si vous voulez en acheter une caisse et vous la jouer bien moyenâgeuse avec, pas de problème ! Sincèrement je me demande comment ils n’ont pas plus de problèmes dans ce pays.
A part cela, les mines n’ont rien d’impressionnant, oubliez vos images d’épinales, il n’y a pas ici d’enfants suant derrière des wagonnets et les mineurs ne disparaissent pas en ascenseur dans les profondeurs de la terre. Les galeries sont tellement vastes que chacune n’est occupée que par un seul homme (2 si son fils apprend le métier), le lundi les hommes cuvent et peu travaillent, les jours et lendemain de fête les hommes cuvent et peu travaillent, en semaine ils sont déprimés et peu travaillent.
Il faut dire qu’ici et plus encore que dans le reste du pays, on ne boit qu’un seul breuvage : l’alcool à 96°, brut ou mélangé avec du Tang (boisson de nos jeunes années). Les magasins en vendent par bidons de 5 litres dans les rues de Potosi. La mine c’est mauvais pour le foie…
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