La cumbre-coroico, késako ?
Le plus célèbre trek du pays, qui va de la Cumbre à Coroico, démarre au point culminant de la route reliant la Paz à Coroico, grimpe au col de Chucura, à 4 859 mètres d’altitude, avant de redescendre dans la vallée (Yungas) humide à 1200 mètres. C’est un trek extraordinaire qui vous fait vivre en 4 jours tous les paysages de la Bolivie, allant de la haute montagne enneigée aux lianes arachnides de la jungle amazonienne.
Cette fois, on s’est mieux préparés : plus de vêtements chauds, un bon réchaud et de la nourriture plus qu’il n’en faut. Nous avons même su attendre quelques jours à la Paz pour que la neige qui encombrait le col fonde un peu. Et nous voilà partis pour quatre jours de marche avec nos copains du voyage, Chris et Nico, que nous retrouvons régulièrement depuis notre rencontre au Mexique il y a sept mois.
Y’a bon la belle neige
Le bus nous dépose en bas de la colline enneigée, et pas juste un peu, y’a de quoi faire de belles batailles. Tous nos sens s’en réjouissent, nos pieds font « crunch » en s’enfonçant dans la poudreuse, l’air frais nous rentre dans les naseaux et la neige dans les manches.
Sourire figé, nous engageons la côte plutôt raide qui nous mènera au sommet. Nous sommes suivis d’une famille de « campésinos » qui rejoignent leur village, vêtus de simples pulls, jupes et sandales. On se sent un peu burlesques, avec nos vestes gore-tex, nos chaussures et bâtons de marche. Surtout lorsqu’ils nous devancent largement dès les premiers cent mètres.
Nous empruntons un passage creusé dans la colline, c’est le col Abra Chucura, le point culminant de notre ballade, un nouveau record personnel ! Cyril part en courant sur la colline, pour essayer d’atteindre les 5000 mètres. A partir de maintenant, ce ne sera plus que de la descente sur ce sentier qui se perd dans les nuages de la vallée.
Elle descend de la montagne…
Nous faisons une halte quelques centaines de mètres plus bas pour déjeuner près d’une bergerie en ruine, survolée par des aigles blancs et noirs. Le soleil tape fort en altitude, réchauffant nos pieds encore mouillés. Bientôt, nous éplucherons nos habits pour nous retrouver en tenue légère. La végétation est rase et sèche, l’air frais et sec, vive la montagne !
Deux heures plus tard, notre premier village. Un homme nous attend, assis sur le bord du chemin, un vieux papier à la main : c’est la taxe d’entrée ! Louche ? Non non, c’est la Bolivie ! Nous n’avons pas la force d’atteindre le deuxième village, et bivouaquons près de la rivière. Mine de rien, nous avons bien galopé aujourd’hui, et méritons bien nos « pâtes à la soupe » !
Dans la vallée luxuriante
Petit à petit, la végétation s’intensifie et s’humidifie. Le sentier emprunte de nombreuses parties pavées qui datent de l’époque précolombienne. C’est à la fois très beau et très casse-gueule ! La descente sur pierres et herbes mouillées est plutôt rude pour nos vieux genoux usés. Mais à chaque fois que nous nous retournons, nous sommes récompensés par la vue sur la vallée que nous sommes en train de traverser, dominée par les monts enneigés que nous avons quittés plusieurs jours auparavant.
Nous traversons plusieurs petits villages dont les enfants, malgré leur isolement, réclament, comme ailleurs, bonbons et chocolats. Plusieurs traversées de pont de singe qu’Agnès franchit les dents serrées, tandis que tous la regardent en souriant. Le sentier effectue une série de descentes et de montées aux flans des collines ensoleillées, coupant plusieurs ruisseaux et cascades. Et nous voilà dans la jungle, la vraie, sa végétation épaisse et sa chaleur étouffante !
Un japonais dans la jungle
A quelques heures de l’arrivée, une étrange maison se dresse sur le chemin, à cheval entre une maison typique du coin, avec son architecture basique, et une maison japonaise, avec ses fenêtres typées. Le propriétaire des lieux est un vieux japonais courbé par les ans et les travaux manuels ; installé là depuis plus de cinquante ans, il nous montre fièrement son registre des invités, où il a soigneusement dessiné les pays de ses hôtes, et repéré leurs villes natales. On peut aussi y observer le trajet qu’il a effectué dans les années cinquante en quittant sa terre natale pour la Bolivie, en bâteau.
Le charmant petit bonhomme nous invite à camper dans son jardin. Nous hésitons encore, car nous pourrions aisément terminer la randonnée aujourd’hui. Nous optons pour une petite visite des lieux pour décider. Le jardin est magnifique, les allées serpentent sur une côte menant à des pelouses impeccables. A l’arrivée, une vue éblouissante, un panorama géant et parfait de la vallée et les montagnes qui la surplombent, on se croirait au cinéma. Immédiatement séduits, nous plantons la tente et profitons…
La route la plus dangereuse du monde
Pour retourner à la Paz, nous devons effectuer le trajet en sens inverse, dans une vallée parallèle, en empruntant la route qui a officiellement été classée « la plus dangereuse du monde ». En moyenne un accident mortel tous les quinze jours sur cette piste de graviers de 3 mètres de large surplombant le vide, comme en témoignent les nombreuses crois sur le bord de la route, ainsi que les débris de camions sur les pentes qui dévalent.
Amateurs de sensations fortes, nous sautons dans un bon vieux camion pourri (qui marche au gaz, apprendrons-nous en route), car en fait on n’a pas trop le choix. Avec nous, des Indiennes qui occuperont le temps (5 heures tout de même) en mangeant les oranges que transporte le camion. Plusieurs fois nous passons sous des chutes d’eau qui fragilisent le sol (et nous mouillent en même temps), nous nous amusons à nous pencher au-dessus des à-pics vertigineux de 1000 mètres, histoire de se donner quelques frayeurs avant de retrouver la ville. Et en quelques heures nous passons, à l’inverse, de la jungle à la neige, ce n’est pas vraiment impressionnant en transport motorisé, seuls nos pieds nous ont permis d’apprécier cette traversée de l’espace.
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