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Juil-Aout 2002
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       Carnet de route : La Paz : Où l'on apprend à ne pas exporter des espèces en danger
    Jeudi 11 juillet 2002
    C’est la deuxième fois du voyage et en moins d’un mois que nous nous faisons la réflexion suivante : « Enfin une ville où j’aimerais bien habiter ! ». La première fois c’était à Arequipa. Si seulement les douaniers n'avaient pas confisqué mon tatou...

    Pourquoi la Bolivie ?

    Voilà une bonne question ! Citons quelques faits en vrac et vous comprendrez pourquoi nous mourrions d’impatience de découvrir ce pays :
    -le général Melgarejo a été président pendant 6 ans, vous ne le connaissez pas ? Pourtant il vaut à lui seul mon admiration pour ce pays : en 1871 fin saoul il décide d’envoyer son armée porter secours à la France par voie terrestre, heureusement une averse le dégrise et il change d’avis ; en 1867 il échange au Brésil 250 000 km² de la Bolivie contre un cheval blanc ; il exile aussi l’ambassadeur de Grande-Bretagne nu sur le dos d’un mule pour avoir ingurgité une quantité insuffisante de bière (ce qui a fait rayer la Bolivie des cartes anglaises pendant un bon moment)…
    - la Bolivie est le seul pays à ma connaissance à avoir perdu toutes ses richesses, volées par ses voisins pourtant parfois moins puissants, en un siècle son territoire à été divisé par 2 et tous le monde s’est goinfré.
    - Cervantes voulait être maire de La Paz
    -…

    Des pentes et des marchés

    La Paz c’est d’abord un gouffre, du moins c’est la première impression que j’en ai eu en arrivant sur les hauteurs de la ville face à la dénivellation de 400 mètres. La capitale la plus haute du monde est toute en pente, au plus bas, à 3600 mètres, le cœur de la ville et sur les côtés, à plus de 4000 mètres, les faubourgs.
    Et puis La Paz c’est un incroyable dédale de marchés : la ville même est un immense marché, on en quitte un pour entrer dans un autre. Marché du n’importe quoi, marchés aux fruits, marché aux sorcières, marchés d’artisanat, marché aux miniatures…
    Nous laissons grisser pendant 3 jours à parcourir la ville en tout sens, entrant dans toutes les boutiques pour y dénicher des objets insolites : fœtus de lamas à enterrer sous la maison pour se garder des tremblements de terre, animaux empaillés de toutes sortes, amulettes porte-bonheur en graines, bols à chica, statuettes de la fécondité, maracas en ongles de chèvres, poupées en chiffons, décoration en sucre pour la fête de terre, Ekeko (divinité de l’abondance sur laquelle on place des miniatures de ce que l’on souhaite obtenir : voiture, meubles, enfants…)… On pourrait passer une vie à flâner de ci et de là. Comme dans toutes les capitales la semaine passe vite entre travail dans les écoles, marché et cinéma (l’exécrablement mauvais Star Wars Episode 2 !).

    Contrastes : le verre et la laine

    La ville est aussi saisissante par ces contrastes. Dans un centre résolument moderne, vivent des Indiens qui gardent leurs coutumes et vendent empenadas et ponchos au pied des buildings de verre.
    On surprend certains policiers à actionner manuellement les feux tricolores, des jeunes louent leur portable aux passants, l’engin attaché au poignet par une chaîne en métal, les cireurs de chaussures semblent appartenir à une bande de guérilleros avec leur cagoule noir et leur uniforme militaire.

    Tatou Oh mon tatouuuu !

    Et si le temps passe vite c’est aussi grâce à nos amis de l’administration qui nous ont kidnappé une après-midi entière à la douane de la poste de La Paz. En effet dans le but de commencer un de mes vieux rêve, un cabinet de curiosité poussiéreux, odorant et décati dans le pur style 17ème siècle, je souhaitais envoyer vers mes pénates un tatou empaillé, fort innocemment acheté dans la rue.
    Mal m’en pris ! La postière en faisant mon paquet me dit « non non monsieur vous ne pouvez pas envoyer cela ! » soupçonnant une mesure d’hygiène je lui rétorque que je vais bien l’emballer pour ne pas qu’il pue dans la soute. Mais la voilà qui appelle son collègue douanier, qui lui m’apprends qu’il s’agit d’une espèce protégée et que son expédition comme son achat est illégale ! Il emporte sans que je ne puisse rien faire mon innocent tatou que je m’apprêtais à baptiser Marcel. Et tout en caressant l’animal au son de « pauvre petite chose, pourquoi on t’a fait ça ? si c’est pas malheureux » il téléphone au ministère de la biodiversité pour qu’il nous envoie quelqu’un pour s’occuper du tatou (mort je le rappelle). Bref 1 heure plus tard arrive le frère jumeau du douanier qui nous remplit un beau procès verbal de la confiscation du tatou que j’avais tenté d’expédier vers « la République de France » (comme c’est écrit), il semble étonné que l’on puisse en acheter dans la rue, à 200 mètres de la douane, mais il nous apprend que l’animal est protégé et qu’ils essayent d’en arrêter la vente, tâche ardue. J’en suis de 40 francs pour ma poche, car personne ne me remboursera Marcel, que tout le monde d’ailleurs trouvait très joli à la douane.
     
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